TEMOIGNAGE. "Je suis jeune, sportive et j'ai un Covid long"

Boule d'énergie, Céline Castera avait l'habitude que son corps lui réponde instantanément. Mais vingt mois après avoir été contaminée, et comme 15 à 30 % des malades, elle n'a toujours pas récupéré.

TEMOIGNAGE. "Je suis jeune, sportive et j'ai un Covid long"

"C'est simple, quand je suis tombée malade, j'avais 20 ans, aujourd'hui, j'en ai 80 !", ironise Céline Castera, 40 ans dans la vraie vie, dont le quotidien a changé du tout au tout depuis qu'elle a contracté le Covid, le 17 mars 2020. C'était deux jours après le premier confinement. "Ma région de Mulhouse était pionnière du Covid, et mon métier d'infirmière a fourni les pionniers des patients", résume-t-elle. Au début, elle ne s'inquiète pas de sa fièvre à 38 °C, d'un fort mal de tête, avec toux et essoufflement, même si l'épuisement l'anéantit.

A l'époque, d'après les quelques informations disponibles venues de Chine, une personne en bonne santé se retape en quelques jours. En temps normal, rien n'abat Céline, maman d'une ado de 13 ans, à la tête d'une famille nombreuse une semaine sur deux quand les trois enfants de 9 à 14 ans de son conjoint sont présents. Entre son travail en libéral de 5 h 30 à 19 heures, les trajets en voiture entre les domiciles des patients et la gestion de la maison, les journées sont longues.

"Ce qui épuise moralement, c'est aller un peu mieux et redouter la rechute"

Sans oublier sa passion, le fitness. "Je faisais quinze à vingt heures de fitness par semaine et, après une formation de coach, j'exerçais dans plusieurs salles !", se souvient-elle avec nostalgie. Depuis, ses muscles ont fondu, mais le pire n'est pas là... Alors que son mari, sa mère et sa sœur, elles aussi soignantes à l'hôpital, remontent la pente, Céline doit attendre trois semaines pour reprendre le travail à temps partiel, le 10 avril, et elle n'est toujours pas en grande forme. "Et puis, début mai, j'ai ressenti de plus en plus de fourmillements, j'avais des acouphènes, des difficultés à lever les bras, puis à tenir debout sans chanceler, au point qu'après un genre de malaise, mon mari m'a emmenée aux urgences", détaille-t-elle.

IRM, scanner : rien. On la renvoie chez elle avec ce "diagnostic" : "C'est sûrement le stress !" Malheureusement, ces effets secondaires n'ont jamais disparu, lui faisant enchaîner reprises et arrêts de travail jusqu'en mai dernier. "Les acouphènes, c'est tous les jours. L'épuisement musculaire, les vertiges ou les céphalées, c'est en dents de scie, avec des petites nouveautés comme la tachycardie, parfois. C'est ce qui épuise moralement : aller un peu mieux et redouter la rechute, comme les personnes âgées", explique Céline.

"Famille et amis ont dû s'habituer à ce qu'on ne prévoie plus rien"

Pendant un an, elle est allée de spécialiste en spécialiste, ORL, cardio, neuro, jusqu'à participer à une étude sur le Covid long lancée à Strasbourg, son pansement mental : "Je l'ai découverte via un groupe de soutien Facebook, devenu association, Après J 20 - Association Covid long France, qui m'a tout d'abord appris que ce n'était pas psychique." Un examen poussé met en évidence une activité cérébrale perturbée qui explique la sensation de brouillard, au point de "ne pas pouvoir suivre un film ou lire une ligne".

Le remède ? Aucun. "Famille et amis ont dû s'habituer à ce qu'on ne prévoie plus rien, sinon 'sous réserve d'aller bien', et on a dit adieu aux projets de vacances !" Même ralentie, Céline se veut optimiste : "J'espère récupérer un jour..." Les effets secondaires sont nombreux, handicapants et fluctuants. Avant son Covid, Céline était prof de fitness en plus d'être infirmière. Ni son corps ni son cerveau ne parviennent à suivre.

Céline Castera © DR
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